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PARIS GREEN ARMY

A l’école du balai

Il y a bien des années, le New York Times m’avait demandé de réaliser un reportage sur l’armée verte de Paris, A l’époque, nos petits hommes verts  avaient tellement impressionné les américains que l’histoire fut publiée dans le magazine sur une dizaine de pages avec la couverture.

Pour ce reportage, j’ai dû retourner à  l’école du balai, l’endroit où on apprend à balayer comme un pro et à chasser les petits rats de l’opéra.

Et si jamais la France a besoin d’un grand nettoyage, ne vous inquiétez pas, nos balayeurs formés à l’école du balai sont prêts à intervenir. Alors n’hésitez plus, rejoignez l’école du balai et devenez un pro du nettoyage. Qui sait, vous pourriez même rencontrer des petits rats de l’opéra et leur apprendre à danser le ballet du balai.

At the Broom School

Here’s a new current event story. Many years ago, the New York Times asked me to do a report on Paris’ “green army.” At the time, our little green men had impressed the Americans so much that the story was published in the magazine on about ten pages with the cover.

For this report, I had to go back to school…at the broom school, where I learned some technical gestures. But our sweepers didn’t really look like the little rats from the opera, on the contrary, they were actually learning how to chase them away, even from the opera side.

Today, it’s reassuring to know that if France really needed a good sweeping, there’s a school for it.

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Une armée verte pour une guerre au sens propre.

Chaque jour, plus de 3500 tonnes de déchets sont déversés sur Paris par ses habitants humains et environ 10 tonnes de déjections sont produites par ses habitants canins.  Cependant, Paris est une ville propre. Déchets et autres nuisances délétères s’engloutissent et disparaissent comme par enchantement, sans qu’on n’y prête vraiment attention. Pour lutter contre la menace croissante de s’ensevelir sous ses propres déchets, la capitale s’est dotée d’une force de frappe unique. Paris a levé une armée qui est sur le pied de guerre en permanence. Une véritable armée verte, engagée dans une guerre au sens propre, une guerre sans fin contre la saleté dont la ville intra muros est le champ de bataille.

Omniprésents, tellement bien fondus dans notre paysage urbain qu’on ne les remarque presque pas, les hommes verts des STPP (Services Techniques de La Propreté de Paris), forment un contingent de six mille hommes qui repoussent les ordures hors des limites de la cité    À la solde de la ville pour environ trois millions de francs par an, cette armée pacifiste assure la propreté de l’air, de l’eau et de la terre.  Sur le terrain 24 heures sur 24, ils sont en action tous les jours de l’année du 1er Janvier au 31 Décembre sauf 1er mai, ils observent une trêve rituelle et méritée.

Leurs missions : collecter et exterminer les déchets, nettoyer la ville et la Seine, ramasser les souillures au sol. Mercenaires présents sur tous les fronts, ils ont en commun avec le kaki militaire, le vert de leur battle-dress, un état-major, une stratégie adaptée au terrain, plusieurs bataillons et un arsenal impressionnant. Une école de la Propreté a pour mission l’entraînement intensif des nouveaux ainsi que le formation continue des anciens éboueurs. Par groupe de 10 ou 15 ils retournent à l’école. Unique dans son genre, l’école des balayeurs

Passage incontournable pour les nouvelles recrues le centre “Eugène Poubelle” dans le 18ème arrondissement. Si pendant des générations, éboueur faisait pléonasme avec bonnet d’âne, aujourd’hui, c’est sur concours que se fait le recrutement.Puis les nouveaux engagés font trois classes à l’école de la propreté. Unique en son genre, cette école forme les 250 à 300 éboueurs-balayeurs qui sont intégrés chaque année. Dès leur arrivée à l’école, ils passent par le fourrier qui prend leurs mesures, uniforme oblige ! Les cours théoriques alternent avec les cours pratiques. Un instructeur, initie les balayeurs in situ aux différentes techniques de balayage (de l’ampleur dans le geste!), lavages des trottoirs, coulage des caniveaux, collecte des OM (ordures ménagères), déblaiement des marchés où l’on apprend à retrousser le déchet (l’entasser), ainsi qu’aux différentes tâches annexes et saisonnières comme l’enlèvement des 100 000 m3 de feuilles mortes automnales ( la petite feuille d’acacia, un vrai cauchemar pour le balayeur, elle colle au bitume ! La feuille de platane ne colle pas mais bouche les bouches d’égouts!).Les nouveaux embauchés se familiarisent aussi avec les armes dont ils disposent. Balais de tous poils sont passés en revue : le plumeau en plastique vert fluo , le balai paille de riz ou encore le balai oreilles de mickey , sans oublier les lances à eau ou les aspiratrices de feuilles mortes. 

Au champ de manœuvre, ils sont aussi entraînés à crapahuter derrière les bennes vertes et à manœuvrer différents engins de nettoyage. Depuis quelques années, toutes sortes de véhicules circulent sur les trottoirs et déambulent parmi les piétons : laveuses, balayeuses aspiratrice, ainsi que des petits engins mécaniques appropriés à chaque type de souillure comme les caninettes, plus connues sous le sobriquet de “motos crottes”. 

Autres armes de précision, l’Eole. un véhicule d’aspect futuristes doté d’une trompe manuelle pour le ramassage des déchets légers ( papiers, boîtes de coca etc…), ou la Lily II spécialiste des terrains accidentés comme les escaliers ou encore le Kramer NC 200, nettoyeur à eau chaude utilisé pour l’enlèvement des chewing gomme dans les zones piétonnes.

Pour parachever cet enseignement, un module Gestes et postures ou comment éviter l’accident de travail occasionné par de mauvaises manutentions. Les risques du métier : lumbago, sciatique, hernie, piqûres de seringues ou  les accidents liés à la circulation. des voitures car ils travaillent de jour comme de nuit sur les trottoirs et les chaussées Le parisien est aussi à mettre au nombre des risques du métier A la fin du stage,  sous la forme d’un jeu de rôle, une demie journée est consacrée à la conduite à tenir face au riverain belliqueux. (7000 réclamations par an) Parce qu’il paye des impôts locaux, dont une taxe de balayage la vision d’un balayeur appuyé sur son balai, ou pis encore s’accordant une pause au bistrot, peut le rendre nerveux ! 

Le mot d’ordre, “calmer le jeu” et conduire le belligérant à son supérieur hiérarchique Leurs classes terminées, munis de leur paquetage, les éboueurs / balayeurs tout neufs rejoignent la subdivision où ils sont affectés. Éboueurs à 20 % de leur temps de travail, les 80 % restants sont consacrés au nettoiement de la ville. 

Itinéraire d’un poubelle ordinaire

Premier défi quotidien des hommes de la propreté : l’enlèvement des 3500 tonnes de déchets ménagers. La traditionnelle poubelle à couvercle et poignée, invention d’un préfet éponyme a disparu des rues de Paris. Aujourd’hui, elle est remplacée par des conteneurs verts et bleus qui permettent une collecte sélective, mécanisée, assurée , 7 jours sur 7.

Vers cinq heures, quand Paris s’éveille, les véhicules quittent leurs garages respectifs pour se rendre aux différents lieux d’appels. Les éboueurs sont alors affectés à chaque benne. Puis ils se dispersent dans la ville, suivant un itinéraire précis et variable qui tient compte des fluctuations de productions d’ordures car le parisien produit plus de déchets l’hiver que l’été. Cette tournée s’effectue entre 6 h 30 et 8 h 30. Si nécessaire, un second tour est réalisé jusqu’à 11h. dans certains quartiers, quand la circulation le permet ! 

50 % des ordures ménagères sont ramassées le matin par la Régie de la ville de Paris selon une forme mixte ( conducteurs et véhicules privés, ” rippers municipaux” les rippers sont ceux qui courent derrière la benne) .

Les collectes en soirée sont confiées à des entreprises privées, contractuellement liées et gérées par la Ville. Mise en place en 84 , elle concernaient les GPO ( Gros Producteurs d’ordures comme les hôpitaux, grands ensemble d’habitation etc. ) pour s’étendre progressivement à la moitié du tonnage journalier.

Le ramassage achevé, les bennes retournent aux lieux d’appels pour un contrôler le remplissage avant de transporter leur chargement vers l’une des trois usines d’incinération ou centres de tri à la périphérie de la ville. 

Car selon le principe cher à Lavoisier, rien  ne se perd et tout se transforme  Un cinquième seulement des déchets est mis en décharge. Le reste est recyclé ou valorisé c’est à dire réutilisé.

Valorisation et recyclage, deux mots clef pour la protection de l’environnement et l’économie 

Entendez par recyclage : remise d’un déchet dans le circuit sans provoquer de nuisance ni pollution intermédiaires. Le traitement du verre est exemplaire : 100 % recyclable, à l’infini, sans jamais perdre ses qualités.

23 000 tonnes de verre sont ainsi collectées dans les 1000 caissons de récupération implantés dans la capitale Le verre récupéré est alors refondu pour fabriquer de nouvelles bouteilles Idem avec journaux et magazines qui font l’objet d’une collecte sélective. Des conteneurs bleus sont disposés aux portes des immeubles et destinées exclusivement aux vieux journaux et magazines.. Ainsi le journal d’hier devient celui de demain. Si la valorisation est aujourd’hui un axe prioritaire dans la stratégie de la propreté de Paris, ce n’est pas une nouveauté. Jusqu’en 1870, la ville de Paris vendait ses ordures ménagères comme engrais aux maraîchers de banlieue. Aujourd’hui, l’incinération produit de l’énergie , sous forme de vapeur qui est vendue dans sa majeur partie à la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain.( Près de la moitié des besoins de la ville sont ainsi couverts ) 

24 Heures de la vie d’un balayeur

Chaque jour, après la collecte matinale des ordures ménagères, les éboueurs sont affectés à un “canton” c’est-à dire, un secteur préétabli de plusieurs rues.. Ils changent de casquette et deviennent balayeurs car si le lavage s’est mécanisé, le balayage manuel reste encore la méthode la plus courante à Paris. Irremplaçables balayeurs, chaque jour, ils arpentent avec leur plumeau les 2 400 km de trottoirs parisiens qui sont balayés quotidiennement. Soit la distance Lille-Nice. 

Afin que pas un m2 d’asphalte n’échappe à la diligence de l’armée verte,

un plan de campagne stratégique a été mis au point par l’état major. C’est le plan de propreté des arrondissements. Les rues de Paris sont classées en fonction de la nature, du volume des déchets, de la fréquentation et de l’habitat : zones organiques ( là où il y a des marchés et commerces ) résidentielles comme le16em ou le 7em et touristiques. Le terrain est ainsi quadrillé, les souillures zonées, les moyens adaptés. 

Le rythme de passage des hommes en vert varie en fonction des caractéristiques de chaque rue. Chaque nuit, à partir de 22 h, les laveuses de chaussées entrent en action. Elles repoussent les détritus dans le caniveau. Puis dès 6 heures du matin, balayeuses, ramasseuses de caniveaux ou aspiratrices, viennent compléter l’action des laveuses. Les axes les plus prestigieux de la capitale comme les Champs Elysées, sont balayés plusieurs fois par jour et lavés 1 à 6 fois par semaine. Brosses rotatives, eau sous pression, aspirateurs, souffleries autant d’armes qui équipent des engins de toute tailles adaptés aux différentes rues.

La Seine justifie une équipe spéciale. Deux bateaux sillonnent les voies navigables de la ville: L’un pour repêcher les débris flottants, l’autre pour nettoyer les berges là où les véhicules terrestres n’accèdent pas Le lavage des tunnels et des passages souterrains se fait la nuit. Après que la voie ait été fermée et balayée, les parois et plafonds sont lavés à l’eau sous pression. Impressionnant le geyser au sortir du!

En cas de coup dur, où lorsqu’un quartier exige un “coup de plumeau supplémentaire”, une équipe de choc vient renforcer le dispositif habituel , “La Circonscription Fonctionnelle” .C’est un commando aguerri de 276 hommes mobiles et polyvalents. Des “Nettoyeurs” armés pour faire face à toutes les situations 24 heures sur 24. Événements exceptionnels ou imprévisibles. comme les accidents (un camion de bétail se renverse sur le périphérique), les catastrophes naturelles. telles que les crûs de la Seine,  enfin c’est la voiture balai de toutes les manifestations. Les missions “spéciales” leur sont attribuées : plan neige, récupération des déchets toxiques, entretien du périphérique, des voies rapides, des voies souterraines, nettoyage de la Seine et de ses berges, dégraffitage. 

Leur arme fatale, le “crabe” c’est un outil de ramassage et de levage des déchets, muni de grosses pinces Là où il passe, les souillures trépassent  Pièce maîtresse de l’artillerie lourde, il est surtout utilisée pour  retrousser les déchets puis les transporter directement dans une benne. 

Utilisé aussi pour l’enlèvement des feuilles mortes . Lorsqu’elles tombent en quantités importantes, le crabe les charge directement dans une benne. La méthode traditionnelle consiste à les rassembler en tas avec un balai ou avec un râteau appelé ” idéal”. puis elles sont humectées. Car une fois tombée, la feuille morte s’envole.. Quoiqu’il en soit, à Paris cet automne, le corps de balai ramasse encore les feuilles mortes à la pelle !

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Michel Setboun

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