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LA GALAXIE D'ALBERT

"Monaco a un côté un peu vieillot. Il faut moderniser le mythe" Sergio Mangini

Samedi, jour tranquille à Monte-Carlo. Devant le casino, des curieux attendent, armes de leur appareil photo numérique, au cas où « quelqu'un » pointerait le bout de son nez. Mais cet après-midi-là, c'est plus dans les salons très privés de l'établissement qu'à l'extérieur que le vrai spectacle se donne. Un homme, debout, pose négligemment une plaque de 100 000 euros sur le tapis vert d'une table de jeu. Il espère que le 11 va sortir. Silence. Rien ne va plus... C'est le 8. Le joueur esquisse un geste de déception et remise 100000 euros sur un autre chiffre. Un autre homme, son acolyte, l'imite après avoir échangé quelques paroles en turc avec lui. Puis, une sexagénaire Italienne, en tailleur et chignon, s'approche. Elle mise 5000 euros seulement, mais sur deux tables à la fois. Sous l'oeil impavide de son mari et de croupiers mutiques, habitués aux flambeurs.

"ICI, UNE FEMME PEUT SORTIR SEULE AVEC DES DIAMANTS"

Depuis le siècle dernier, on vient jouer, frissonner et parfois même s'encanailler à Monaco, patrie du luxe et des palaces. Des atouts qui expliquent que de riches étrangers continuent à poser leurs valises sur ce minuscule territoire de 2 kilomètres carrés. Tel Anand Kumar Jain, citoyen indien, résidant depuis 1999 sur le Rocher. «J'ai d'abord loué une maison, mais je préfère vivre dans une suite à l'hôtel car je suis certain ainsi de pouvoir être servi en permanence», affirme ce fils d'une famille de «conductors» (travaux publics) du Pendjab, qui, après avoir fait plusieurs fois le tour du monde, a choisi Monte-Carlo. «C'est une très belle ville, propre, verte et surtout avec beaucoup de sécurité. Bien plus qu'à Cannes, par exemple, où on ne se sent jamais vraiment tranquille. Ce sont de gros avantages, dont on prend conscience en quittant la principauté.» Même écho chez Roman Lakschin, ambassadeur chargé d'affaires pour la Dominique au sein des Nations unies et des grandes organisations internationales. Diplomate et homme d'affaires, ce Russo-Criméen s'est installé dans la principauté voilà seize ans, après avoir officié à Genève et à Berlin. «Ici, nous n'avons pas de problème avec le gouvernement, pas d'obligation sociale, pas d'impôts ni de taxes mais une énorme sécurité. Une femme peut sortir seule avec une rivière de diamants au cou à 3heures du matin, il ne lui arrivera rien. En plus, il existe beaucoup d'activités culturelles entre les festivals, les tournois sportifs, le cirque. Tout cela fait de Monaco un endroit unique au monde. » Sa fille, Julia, ex-cousine par alliance d'Albert, renchérit : «Avec Delphine (Pastor, sa meilleure amie, NDLR), nous avons essayé de vivre partout : Londres, New York, Paris. Mais nous sommes toujours revenues ici, car la vie est facile, surtout avec un enfant. L'été, il y a les soirées privées, les grandes tablées dans les restaurants. Tout le monde se connaît, c'est formidable. Un de mes amis me dit toujours qu'il suffit de s'asseoir dans le lobby de l'hôtel de Paris pour que le monde vienne à soi. » Y compris des hordes de touristes qui, depuis la construction de la digue, débarquent chaque joui" de leurs impressionnants paquebots pour visiter la principauté au pas de charge. Et photographier ce qu'ils pensent être des curiosités: André Rinaldi, dernier pêcheur de Monaco et fournisseur de grands restaurants ; la cathédrale, où Albert fêtera son couronnement le 19 novembre prochain1, ou le fameux casino. À suivre ce parcours, on serait tenté de se dire qu'ici, rien ne bouge jamais, que le temps et le monde extérieur n'ont pas de prise sur la marche de ce petit État. À tort.

LA Jet-set N'Y SÉJOURNE PLUS AUSSI LONGTEMPS

En réalité, aujourd'hui, le pays est à h croisée des chemins. Changer ou trépasser, il va lui falloir choisir. «Monaco a un côté un peu vieillot et dépassé. Il faut moderniser le mythe », confirme Sergio Mangini, directeur général du Monte-Carlo Bay Hôtel & Resort, dernier-né des établissements construits par la Société des Bains de mer (SBM). De fait, ce territoire que Jack Nicholson surnomme avec humour «Golden Akatraz» est actuellement en perte de vitesse. La jet-set, par exemple, n'y séjourne plus aussi longtemps que par le passé. «Je viens à Monte-Carlo les dix premiers jours du mois d'août pour assister au bal de la Croix-Rouge, avoue Massimo Gargia, célèbre jet-setteur2. •••

Pendant quatre ans. il y a eu vacance du pouvoir Frédéric Laurent

Deux jours après, comme beaucoup, je fais mes bagages» pour voguer vers Ibiza. Si la principauté subit la concurrence d'autres destinations, si la grande époque des Niarchos, Onassis, Agnelli est bel et bien révolue, il n'en reste pas moins que le changement de mode de vie explique aussi que les gens fortunés ne prennent plus racine sur le Rocher. «La dolce vita, c'est fini, constate Roman Lakschin. Le monde n'est plus aussi stable qu'il l'était Les jeunes travaillent quinze à vingt heures par jour. Ils ne peuvent pas jouir des capitaux des anciennes générations, ils doivent d'abord les défendre. Tout cela a un côté un peu triste.» Et assez banal, mais il y a urgence. Les regards se tournent vers Albert pour redorer le blason de sa principauté. «H est moderne, jeune et il a le sens des responsabilités, dit Massimo Gargja. Avec lui, il est possible que l'on revienne à la splendeur passée, comme à l'époque de Grâce. D va inviter des artistes et améliorer de ce point de vue la situation.» Une tâche qu'il aura à mener en parallèle avec d'autres. Car les Monégasques attendent aussi énormément de leur nouveau souverain.

LE PRINCE VEUT FAIRE RIMER FINANCES AVEC ÉTHIQUE

« Depuis quatre ans, du fait de la maladie de Rainier, il ne s'est rien passé, déclare Frédéric Laurent3, journaliste et fin connaisseur du Rocher. D y a eu vacance du pouvoir. Les gens veulent maintenant être de nouveau gouvernés, ils ont envie que l'entourage détesté de Rainier parte. Os veulent des têtes nouvelles.» Albert l'a bien compris qui, au fur et à mesure, remplace les proches de son père par des hommes à lui. «Il ne voulait pas procéder brutalement, continue Frédéric Laurent. II recase ceux qui ne partent pas à la retraite. C'est un type très humain.» Un homme qui fédère les sympathies, car il incarne les espoirs de changement. En témoigne son très apprécié discours d'avènement Le prince y a exprimé son souhait de faire rimer finances et éthique. «Cela ne fait pas les affaires de tout le monde. Des rumeurs pernicieuses mettant en cause sa probité commencent à circuler. C'est la preuve qu'il a visé juste », affirme un proche du palais, qui souhaite garder l'anonymat. Parallèlement, le nouveau souverain a réitéré sa volonté de voir Monaco se faire sa place au soleil sur la scène internationale en développant une vie intellectuelle, culturelle, environnementale et humanitaire. On subodore même qu'il aurait pour ambition d'installer le siège de grandes ONG sur le Rocher.

Voir Monte-Carlo se transformer en capitale des droits de l'homme, c'est un pas que tous les sujets ne sont pas prêts à franchir. Toujours plus prompts à réclamer de nouveaux avantages pour eux-mêmes plutôt qu'à remplir leurs devoirs. Le constat, sévère, est dressé par Bernard Vatrican4 dans un brûlot qui fait un tabac à Monaco. «Aujourd'hui, pour certains, être monégasque, c'est un fonds de commerce », accuse cet intellectuel. Et de dénoncer la préférence nationale systématique pour le logement et l'emploi, ainsi qu'une politique d'assistanat à coups de subventions qui infantilise les hommes et permet aux politiques de régner sans partage.

POUR MAINTENIR LE PLEIN EMPLOI, IL FAUT ÉVOLUER

Pour sortir de cette situation, ce Don Quichotte propose de reconnaître les droits des ceux qui font Monaco car ils y apportent argent et savoir-faire : les étrangers, soit 25931 personnes selon le recensement de 2000, pour une population de 6 089 Monégasques. « Monaco doit mettre fin à cet apartheid soft qui ronge le pays, écrit-il. Un peu plus de droits pour les étrangers, un peu moins pour les Monégasques... » Des propos révolutionnaires qui valent à Bernard Vatrican d'être privé de travail depuis deux ans. Un comble dans un pays où le chômage n'existe pratiquement pas. Si, très longtemps, la situation économique a été plutôt favorable, là encore il faut désormais assurer ses arrières. Évoluer avant d'être dépassé. Notamment dans le secteur du tourisme, qui représente globalement 15% de l'économie3. «Nous avons un taux d'occupation entre 60 et 62%, déclare Sergio Mangini, du Monte-Carlo Bay Hôtel & Resort. Tout le monde a pris conscience de ce problème : si nous ne faisons rien, nous allons mourir. » D'où l'idée d'attirer de nouveaux touristes en «démocratisant cette destination». Résultat : cet hôtel 4 étoiles vient d'être achevé sur la presqu'île du Larvotto. Un Novotel devrait suivre dans les prochains mois, afin d'augmenter la capacité d'accueil pour de grands groupes.

Un vrai chamboulement au paradis des palaces. Mais ce n'est pas le seul bouleversement nécessaire pour satisfaire une clientèle exigeante, comme le confirme Michel Lang, chef de salle au Louis XV- Alain Ducasse, le superbe restaurant gastronomique aux 3 étoiles. «Nous devons être de plus en plus performants à tous les niveaux, confirme-t-il. Aujourd'hui, les gens n'ont plus le temps alors, en six ans, nous avons réduit d'une heure la durée du service. Par ailleurs, il peut nous arriver maintenant de faire des aménagements par rapport aux plats. Comme m'a dit un jour un client : "Le chef ce n'est pas celui qui est en bas, c'est moi." »

Aujourd'hui, être monégasque, c'est un fonds de commerce

Reste à savoir maintenant si ces efforts seront suffisants pour redynamiser la ville entière. Certainement pas, assurent les partisans d'une extension territoriale. De fait, le véritable problème de ce pays demeure la taille de son territoire. Bien qu'elle soit déjà parvenue à gagner 20 % de surface sur la mer, il y a quelques années, la principauté explose à nouveau. «Monaco est trop petit, on étouffe et tout est bloqué. D n'y a pas de foncier, il faut se développer », constate Raymond Rué, coordinateur du projet Poster & Partners. Il vise à créer 70 hectares sur la mer, soit un quart de territoire en plus, dans la baie du Larvotto. Un travail très abouti sur lequel Albert ïï devrait se prononcer en janvier 2006. Si le prince, que l'on dit enthousiaste, donnait son accord, ce projet pourrait être finalisé d'ici à cinq ans, moyennant 25 milliards d'euros. «Une somme qui peut être entièrement financée sur des fonds privés, précise Raymond Rué, mais nous souhaiterions que l'État y participe.»

GAGNER SUR LA MER POUR SURVIVRE

Cet ensemble devrait comporter, outre une marina, des immeubles, des grandes plages de sable et toute une série de grandes structures commerciales à définir. Sur ce point, Gaddo Lensi Orlandi Cardini, riche aristocrate italien et habitué de la principauté, a sa petite idée : «Ce projet unique au monde va donner de l'allure et du dynamisme à Monaco, qui en a bien besoin, dit-il. Un business-center pourrait attirer les milieux d'affaires et beaucoup de

çon, nous n avons pas le choix. Si nous ne faisons rien, demain, Monte-Carlo sera fini.»

(1) Le sacre sera couvert simultanément parTFletFranœ2,de9h45àl3heures.

(2) Auteur de Nos amies les stars, éd. Flammarion.

(3) Auteur de Le Prince sur son rocher, éd. Fayard.

(4) Auteur deMonaco, la mémoire vivante. Le mal monégasque et comment en guérir, à compte d'auteur.

(5) Chiffre 2003, source Chambre de développement économique de Monaco.

TROÏkA. Les princesses s'occuperont de la culture et de l'humanitaire.

Je veux placer la morale, l'honnêteté, l'éthique au centre des préoccupations de mon gouvernement, de ses conseillers, de tous les décisionnaires de la principauté", déclarait Albert II en juillet au "Monde 2". Ces trois derniers mois, le nouveau chef de l'État monégasque a choisi avec soin les hommes qui l'entourent Chef de cabinet inattendu, Jean-Luc Allavena, 42 ans, diplômé d'HEC, quitte le groupe Lagardère Média pour rejoindre le prince, un ami de longue date. Nicolas Saussier, 39 ans, l'actuel attaché de presse du palais, conserve ses fonctions. Dans l'ombre, Thierry Lacoste, avocat occupe toujours une place prépondérante, au côté d'André Saint-Mieux, un autre ami d'enfance devenu financier. Les sœurs d'Albert continueront d'oeuvrer pour la Principauté : Caroline en ministre de la Culture officieux et Stéphanie en porte-parole d'organismes humanitaires.

LES POIDS LOURDS ÉCONOMIQUES

Michel Pastor, président du groupe immobilier du même nom et de l'ÂS Monaco. Gildo Pallanca-Pastor, promoteur immobilier; Jean-Luc Biamonti, président du conseil d'administration de la Société des Bains de mer ; Enrico Braggiotti, président de la Compagnie monégasque de banque.

LES DÉCIDEURS

Jean-Paul Proust, ministre d'État ; Stéphane Valéri, président du Conseil national (le parlement) ; Franck Bianchieri, conseiller de gouvernementaux Finances ; Vincent Palmaro, président de la Commission des finances du Conseil national ; Philippe Narmino, président du tribunal.

LES HOMMES D'Influence

Serge Telle, consul général de France ;

Jean-Louis Campora, ex-président de CAS Monaco ;

Michel Boeri, président de l'Automobile-Club ;

Henri Rey, notaire.* N. G.

Un PROJET qui vise à agrandir la principauté de 70 hectares.

pharaonique, mais réaliste, le projet que Raymond Rué, du cabinet Louis Rué, coordonne avec foster & Partners depuis 1997. Dans sa forme actuelle, cette cité du futur prévoit la création de 1100 000 m2 en appartements et parkings dont 1200 sont déjà prévus pour les Monégasques, 25000 m2 de surfa ces commerciales et 60000 m2 de port pouvant accueillir de grosses unités. S'ajoutent de grandes plages,une marina et un club-house. Pour faciliter les déplacements, les concepteurs envisagent un tapis roulant de 4 km, quatre bus avec chauffeurs embauchés pour les dix prochaines années et des vedettes. Coût de cette gigantesque opération : 25 milliards d'euros. • M.-A.P.

 

DEMOCRATISATION. C'est pour accueillir des paquebots qu'une longue digue a été construite. Aujourd'hui, Monaco est une escale incontournable des croisiéristes.

NOUVEAU CONCEPT. Avec le Monte-Carlo Bay Hôtel b Resort, la SBAA propose une alternative aux palaces. Ce quatre étoiles vise les businessmen et les familles.

 

Marie-Aude Panossian

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